KrioLUS (Français)

Le nom KrioLUS[1] aspire à incarner la construction d’un savoir scientifique relatif au créole capverdien (CCV). En effet, depuis la fin du XVIIIe siècle et jusqu’à nos jours, le CCV a fait l’objet de divers malentendus et autres informations erronées.

Déjà, en 1784, le fameux auteur anonyme cité par António Carreira (O Crioulo de Cabo Verde, Surto e Expansão, 1985) disait, dans la lettre qu’il avait adressée au roi du Portugal, que les Portugais de souche s’étaient habitués à la vie locale[2] à tel point qu’ils avaient perdu l’usage de pratiquer le portugais. Depuis lors, divers défenseurs de la langue portugaise se sont mis à considérer le CCV comme un moyen de communication qui ne connaissait ni règles ni grammaire, un jargon impossible à écrire et qui ne disposait pas de certaines des principales lettres de l’alphabet, telles que le L, que l’on trouve à l’initiale du mot loi, le R, que l’on trouve à l’initiale du mot roi et le F, que l’on trouve à l’initiale du mot foi[3].

De ce fait, le CCV constituait, dans l’esprit de ses détracteurs, un danger pour l’unité de l’empire [portugais].

Plus récemment, certains Capverdiens se sont aventurés à affirmer qu’un enseignement du CCV pourrait provoquer des dysfonctionnements dans le processus d’apprentissage du portugais et même aboutir à ce que la langue portugaise perde son statut de langue officielle. Plus grave encore, ces mêmes personnes vont jusqu’à déclarer qu’un enseignement du CCV conduirait à l’isolement du pays, voire à son ostracisation. De tels arguments ne sont pas scientifiquement ni pédagogiquement fondés puisque, quelle que soit la communauté linguistique considérée, l’usage de la langue maternelle de la population est le meilleur moyen de lui permettre l’acquisition d’une langue seconde ou d’une langue étrangère. D’après Baltasar Lopes da Silva (1957 et 1984:43, Lx, INCM), le Cap-Vert, depuis ses débuts, a disposé d’une langue unificatrice autre que le portugais. À propos de l’autonomie linguistique du CCV, il affirme ainsi : “[…] à ce qu’il me semble, en ce qui concerne les pratiques langagières de ces îles[4], le contrôle des événements a échappé à ceux qui, initialement, auraient pu désirer que lesdites pratiques s’alignent sur celles de l’Europe. En effet, comme l’élément portugais européen (sous une forme exempte de contamination tropicale) était franchement minoritaire, c’est l’homme créole qui a eu le dernier mot, tandis que l’élément portugais a été obligé de “s’acculturer” linguistiquement. (…) De bonne heure, le créole des îles a dû disposer d’une structure cohérente et d’un vocabulaire suffisant pour satisfaire aux besoins communicatifs de ses locuteurs. Aussi, depuis fort longtemps déjà, je pense que l’homme créole a dû se sentir linguistiquement “auto-suffisant”. […].”

Il est important de mettre ici en valeur cette conscience d’une “auto-suffisance linguistique” exprimée par Silva (op. cit.) à propos d’une langue nouvellement formée qui s’est stabilisée “de bonne heure” par rapport au moment de l’entrée du Cap-Vert dans l’histoire. Aujourd’hui, la langue capverdienne fait de plus en plus fréquemment l’objet de diverses études, avec, à côté d’abordages linguistiques au sens strict, une ouverture récente à d’autres domaines tels que celui de la didactique. En effet, l’importance de la langue capverdienne en tant que véhicule d’expression de la vie quotidienne, mais aussi de la culture et de la science est soulignée de façon croissante par de nombreuses investigations et projets scientifiques, conclus ou en cours, pilotés tant par des nationaux capverdiens que par des étrangers et qui tous visent à favoriser la prise en compte de cette langue dans les objectifs pédagogiques et scientifiques de la Nation Capverdienne.

Or la Science ne saurait se satisfaire d’informations erronées ou de malentendus, que ceux-ci soient d’ordre linguistique, culturel, social ou politique. KrioLUS se veut un espace de “lumière”, destiné à permettre à la science de s’exprimer, en connaissance de cause et au moyen d’arguments objectifs et rigoureux. Notre dessein est d’élaborer un espace virtuel où, dans un premier temps, les enseignants puis les étudiants de Master pourront publier leurs travaux relatifs aux études créoles ou à la langue capverdienne, pourvu que ceux-ci se situent dans une perspective strictement scientifique. Si cette expérience se révèle fructueuse, nous pourrons aussi créer des espaces où nos étudiants de Master pourront poser des questions aux enseignants et obtenir des réponses de ces derniers, sachant que tant les questions que les réponses seront accessibles au public. La dynamique ainsi créée pourrait alors nous conduire à ouvrir un autre espace où le public aurait la possibilité de poser des questions aussi bien aux enseignants qu’aux étudiants de Master, questions auxquelles chacun de ces spécialistes pourrait répondre en fonction de ses disponibilités. Nous espérons que KrioLUS contribuera à répandre la lumière sur le CCV en tant qu’objet de recherche scientifique. Et si nous parvenons à faire en sorte que la lumière de ce flambeau illumine tous les plateaux, vallées et recoins de notre pays, l’aventure de KrioLUS aura valu la peine d’être vécue.

 

La commission du Master en Études Créoles.

 

 

Tradução para o francês : Nicolas Quint


[1] Le terme KrioLUS est un mot-valise composé de Kriolu, créole, et LUS, lumière (NdT).

[2] i.e. capverdienne (NdT).

[3] Dans l’esprit d’un auteur portugais du temps de la monarchie, l’absence dans une langue donnée des lettres L, R, F, lesquelles composent respectivement les initiales des mots loi, roi et foi, signifie que la population qui parle cette langue n’est pas encline à se soumettre au pouvoir du roi du Portugal ni à la religion catholique (alors religion d’État au Portugal). L’absence des lettres L, R, F a également été relevée par d’autres auteurs portugais à propos de certaines langues amérindiennes du Brésil (NdT).

[4] i.e. l’Archipel du Cap-Vert (NdT).

 

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